Jusqu'à présent, la ville de Caen était réputée pour sa scène rock (The Lanskies, Cannibale, Grand Parc) et electro (Baadman, Superpoze, Fakear). Mais elle risque également de le devenir pour son dynamisme autour de l'agilité.

Les méthodes agiles ont le vent en poupe, c’est certain et souvent justifié. Mais organiser une journée consacrée à l’agilité dans les 1000 m² du centre des congrès de Caen semblait un pari osé. Pourtant, cette 5e édition du Printemps Agile a réuni plus de 600 personnes autour d’une quarantaine d’ateliers ! Retour sur cette journée pleine de jeux sérieux.

Gothamocratie

Géraldine Legris et Pablo Pernot ont animé leur désormais célèbre session « Gothamocratie » par laquelle ils expliquent les principes de la sociocratie en nous faisant plonger dans la ville-monde de Batman, Gotham City. A Gotham se joue une partie où s’affrontent « le mal contre le moindre mal ».

Au travers de ce scénario pour le moins atypique, le duo de facilitateurs nous a fait pénétrer dans le monde, non pas de Batman, mais de la sociocratie.

Mais à quoi ça sert la sociocratie ?

La sociocratie est un mode de gouvernance des organisations qui fonctionne en cercles et sous-cercles (et sous-sous-cercles) où un cercle englobant vient déléguer son pouvoir de décision sur un périmètre précis, ce qui a pour effet de rendre plus rapides les prises de décisions sur ce périmètre. La sociocratie est donc un modèle d’auto-organisation où la prise de décision est en mode distribué.

Comment ça se met en place ?

Imaginons un cercle englobant qui se trouverait être l’entreprise dans son ensemble, et représentée par le conseil d’administration. Selon les principes de la sociocratie, le conseil d’administration va créer un sous-cercle et lui déléguer son pouvoir de décision.

Pour que cela fonctionne, il faudra que le cadre d’intervention du sous-cercle soit bien défini : il faudra lui donner une raison d’être, un domaine d’intervention, et préciser les points sur les quels il sera redevable. Il faudra également s’assurer que le cercle ainsi créé peut travailler en autonomie et n’a pas besoin d’autres cercles pour agir.

Comment ça marche ?

Les cercles et sous-cercles se réunissent à intervalles réguliers. Il existe trois types de réunions : les réunions de Stratégie, celles de Gouvernance, et enfin celles d’Opérations. Les réunions suivent un rituel bien précis qui pousse les participants à gérer les différentes problématiques du domaine tout en conservant leur capacité d’action.

En conclusion, la sociocratie est présentée comme une délégation bien faite, où les réunions sont efficaces, bref une organisation qui fonctionne !

Pour plus d’infos, vous pouvez lire en ligne la bande dessinée produite par la société IGI Partners.

Domain-Driven Design pour de vrai

Il s’agissait certainement de l’atelier le plus technique de cette 5e édition, abordant un sujet exclusivement informatique: le DDD ou Domain-Driven Design.

Et très intelligemment, le speaker Cyrille Martraire a axé son intervention non sur la partie technique, qui se serait concentrée sur des patterns ne parlant qu’aux initiés (le CQRS, l’Event-driven programming), mais sur ce qui fait vraiment sens pour un projet informatique agile : l’Ubiquitous Language.

Cette notion de langage omniprésent est un élément fondamental du livre d’Eric Evans. Elle consiste à établir un vocabulaire commun entre toutes les parties prenantes d’un projet informatique, des experts métiers aux développeurs, capable de décrire le domaine de l’application. Ce langage devra permettre des échanges sans risque d’incompréhension au sein de l’équipe, mais il devra également se retrouver dans le code final. Ce langage n’est pas figé, n’est pas une spécification, mais évoluera tout au long de la vie du projet en même temps que le code et son architecture.

Je retiens particulièrement une idée simple et pragmatique de cette intervention : extraire un nuage de tags du code d’un projet. Si ce nuage de tags parle métier, c’est bien parti. S’il ne parle qu’aux développeurs, c’est qu’il y a déjà une divergence de langage au sein du projet.

Etablir un contrat agile : un atout solide de partenariat client-prestataire

Le problème des contrats des projets agiles, dont on ne connait pas les limites précises par essence, est une problématique classique et récurrente. Beaucoup de boites de service ou de communication y voient même souvent un problème rédhibitoire. Pourtant, les solutions existent bien évidemment.

C’est par exemple le modèle de facturation au coeur du fonctionnement de Marmelab (lire Pour la fin des contrats au forfait ou L’itération agile : entre SSII et agence, un nouveau mode de prestation informatique). En effet nous ne facturons jamais au forfait, mais au sprint (de 2 semaines). À Caen, l’agence Imagile établit également des contrats agiles. Leur approche est un peu différente de la nôtre: ils vendent non plus des sprints, mais du temps de développement (35 heures pour un mois, 100h pour 6 mois …, selon les besoins du client). Si l’approche sprint semble plus simple en termes de staffing et correspond à des projets gérés en SCRUM, la solution d’Imagile semble très bien leur convenir et convaincre de nombreux clients.

Le public

Cette 5e édition a donc compté plus de 600 participants. C’est énorme ! Au gré des discussions dans les ateliers où autour d’un café, on se rend vite compte qu’il ne s’agit pas d’un public déjà investi dans les méthodes agiles ni de profils de développeurs. Comment alors expliquer ce succès et cette forte participation ?

J’ai posé la question à Eve Vinclair-Berkemeier, membre du Club Agile Caen et co-organisatrice bénévole de la manifestation.

Bonjours Eve. Depuis combien de temps le Club Agile Caen existe-t-il, et qui sont ses membres ?

Le club existe depuis 2012, son noyau actif se composant d’une dizaine de membres. Nous organisons régulièrement des meetups (un MardiMeetUp chaque premier mardi du mois et un MidiMeetUp le dernier vendredi de chaque mois) et le Printemps Agile depuis 2013. Nous organisons également des ateliers et du coaching agile sur demande.

Parmis les 600 participants de cette 5e édition, beaucoup déclaraient découvrir l’agilité. Comment arrivez-vous à mobiliser autant de monde ?

La région et le département se sont greffés sur le mouvement depuis qu’on a mobilisé 350 personnes à la CCI il y a deux ans. C’est vraiment parce qu’on a grandi au fur et à mesure, 80 personnes en 2013, ensuite, on a doublé chaque année le nombre de participants. C’est la deuxième année qu’on fait plus de 500 personnes. On organise 2 fois par mois des Meetups gratuits, c’est le bouche à l’oreille et aussi, je pense, la situation économique, notamment dans le public. Les gens ne peuvent plus continuer comme ça et du coup, ils cherchent des solutions ailleurs. Il y a aussi beaucoup d’étudiants, comme Jean-Luc Lambert [nda: enseignant agile à l’Université de Caen & Président-fondateur du Club Agile Caen] qui est à la fac. Et aussi, il y a de moins en moins d’informaticiens au club agile, on s’est ouvert vers le management et l’éducation, et tous les autres métiers qui peuvent appliquer les valeurs et quelques outils agiles.

Y’aura-t-il une édition #6, et si oui quels seront ses objectifs ?

L’année prochaine on vise le même nombre de personnes, c’est le challenge de garder la qualité et la quantité !

Conclusion

Une super conférence. Vivement l’année prochaine pour la prochaine édition !